Le bail commercial impose au bailleur de fournir un dossier de diagnostics techniques annexé au contrat. La liste varie selon que le local est proposé vide ou qu’il est déjà exploité par un preneur en place lors d’un renouvellement ou d’une cession. Nous constatons que cette distinction, pourtant structurante, reste absente de la plupart des trames de bail standard.
Audit énergétique et décret tertiaire : l’obligation que le DPE ne couvre pas
Le DPE est requis pour tout local commercial, vide ou occupé. Ce point ne fait plus débat. En revanche, l’audit énergétique prévu par le décret n° 2023-444 du 7 juin 2023 crée une obligation distincte pour les bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² à usage de bureaux ou de commerce classés très énergivores.
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Cet audit, plus détaillé que le DPE, intègre un plan de travaux chiffré et un calendrier de mise en conformité au dispositif « décret tertiaire ». En pratique, nous observons que les preneurs l’exigent de plus en plus souvent lors de la négociation d’un bail sur un local déjà occupé, notamment au moment du renouvellement. Sur un local vide, la demande reste marginale : le bailleur se limite généralement au DPE sans que le preneur ne réclame l’audit.
La conséquence directe : un bailleur qui renouvelle un bail sur un local tertiaire énergivore de grande surface sans annexer cet audit s’expose à une renégociation du loyer, le preneur pouvant invoquer un défaut d’information sur les coûts futurs de mise aux normes.
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Diagnostics obligatoires bail commercial : le socle commun vide et occupé
Quel que soit l’état d’occupation du local, le bailleur doit remettre au preneur les documents suivants lors de la signature ou du renouvellement du bail :
- Le diagnostic de performance énergétique (DPE), classant le local de A à G selon sa consommation et ses émissions de gaz à effet de serre, avec une durée de validité de dix ans
- L’état des risques et pollutions (ERP), actualisé tous les six mois et obligatoire dès lors que le local se situe dans une zone couverte par un plan de prévention des risques ou un secteur d’information sur les sols
- Le diagnostic amiante (DAPP ou DTA selon la nature de l’immeuble), obligatoire pour tout bâtiment dont le permis de construire est antérieur à juillet 1997
Ce socle ne change pas en fonction de la présence ou de l’absence d’un locataire. L’erreur fréquente consiste à croire qu’un renouvellement de bail dispense de mettre à jour l’ERP. C’est faux : chaque signature ou renouvellement impose un ERP de moins de six mois.

Local vide versus local occupé : les écarts concrets sur le périmètre diagnostique
La différence ne porte pas sur la nature des diagnostics, mais sur leur périmètre d’application et sur la répartition des responsabilités.
État des installations dans un local occupé
Lorsqu’un local est déjà exploité, les installations techniques (électricité, gaz, ventilation, système de sécurité incendie) ont été modifiées ou adaptées par le preneur sortant. Le bailleur doit alors vérifier si les diagnostics existants couvrent encore l’état réel du local. Un diagnostic amiante réalisé avant des travaux d’aménagement intérieur ne vaut plus rien si ces travaux ont touché des matériaux amiantés.
Nous recommandons systématiquement un repérage amiante avant travaux (RAAT) distinct du DAPP lorsque le preneur sortant a réalisé des aménagements lourds. Ce repérage n’est pas formellement listé parmi les diagnostics obligatoires du bail commercial, mais son absence peut engager la responsabilité du bailleur au titre de l’obligation de délivrance.
Local vide : le cas du diagnostic termites
Le diagnostic termites n’est obligatoire que si le local se situe dans une zone déclarée par arrêté préfectoral. Sur un local vide resté fermé plusieurs mois, l’absence de surveillance facilite l’infestation. La durée de validité du diagnostic termites (six mois) impose de le refaire si le local est resté vacant au-delà de cette période avant la signature du bail.
Annexe environnementale pour les locaux de plus de 2 000 m²
L’annexe environnementale (ou « bail vert ») est obligatoire pour les baux portant sur des locaux de plus de 2 000 m². Elle concerne autant les locaux vides que les locaux occupés. La différence tient à son contenu : dans un local occupé, l’annexe intègre les données réelles de consommation énergétique et de production de déchets du preneur en place. Dans un local vide, le bailleur fournit des estimations ou les données du précédent occupant, ce qui réduit la fiabilité du document.
Répartition des coûts de diagnostics entre bailleur et preneur
La DGCCRF et le Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières (CNTGI) ont publié des recommandations distinguant clairement deux catégories :
- Les diagnostics réglementaires (amiante, DPE, ERP, état des risques et pollutions industrielles) restent à la charge du bailleur, que le local soit vide ou occupé
- Les vérifications périodiques liées à l’exploitation (contrôle des installations électriques, registre de sécurité, vérification des systèmes de désenfumage) incombent au preneur en place
- Les mises aux normes structurelles (désamiantage, isolation thermique dans le cadre du décret tertiaire) relèvent du bailleur, mais leur financement peut être partiellement répercuté via les charges si le bail le prévoit explicitement
Sur un local vide, la totalité du coût diagnostique repose sur le bailleur sans ambiguïté. Sur un local occupé, la frontière entre diagnostic réglementaire et vérification d’exploitation devient floue, ce qui alimente les contentieux lors des renouvellements.
Conséquences d’un diagnostic manquant lors de la signature du bail commercial
L’absence d’un diagnostic obligatoire n’entraîne pas la nullité du bail commercial. Le preneur peut en revanche invoquer un vice du consentement ou un défaut de délivrance pour demander une réduction du loyer, voire des dommages et intérêts si un risque non signalé se matérialise (présence d’amiante découverte après travaux, par exemple).
Pour un local vide, le risque contentieux porte surtout sur l’ERP et le DPE. Pour un local occupé, c’est le diagnostic amiante qui génère le plus de litiges, notamment lorsque des travaux ont été réalisés entre deux baux sans repérage complémentaire.
La meilleure protection reste d’annexer au bail un dossier complet, actualisé à la date de signature, en distinguant les diagnostics réglementaires des vérifications d’exploitation. Cette distinction, encore rare dans les baux types, limite les contestations ultérieures sur la répartition des responsabilités.

