Différence fiscale : location meublée vs location vide en immobilier

32 %, 50 %, 71 % : en France, la fiscalité locative n’a rien d’un terrain plat. Elle se plie à des règles qui transforment, parfois du tout au tout, la rentabilité d’un même bien selon le bail choisi. Un appartement meublé et son cousin vide ne jouent décidément pas dans la même cour fiscale.

Le choix du bail, la nature du propriétaire et le niveau de recettes annuelles déterminent l’imposition applicable. Ce cadre réglementaire, loin d’être anodin, entraîne des écarts marqués qui influencent la rentabilité nette d’un investissement immobilier, même à l’intérieur d’une même ville.

Location meublée et location vide : quelles différences concrètes pour le propriétaire ?

Tout commence par le contrat qui lie le propriétaire et son locataire : le bail. En location vide, le bail s’étire sur trois ans au minimum si le bailleur est un particulier ; en meublé, la durée contractuelle se limite souvent à un an, et tombe à neuf mois pour les étudiants. Cette souplesse attire ceux qui veulent garder la main sur leur bien, mais exige aussi de respecter une liste de mobilier obligatoire fixée par décret. Un inventaire trop vague ou incomplet, et la location peut être requalifiée en location vide, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent.

La question du préavis n’est pas non plus anodine. En location vide, le locataire doit généralement respecter trois mois de préavis, ramené à un mois en zone tendue. Pour un meublé, ce délai descend systématiquement à un mois, quels que soient la ville ou le contexte. Côté propriétaire, cela change la donne : la gestion locative devient plus dynamique, mais le risque de vacance locative augmente. Une flexibilité qui séduit sur certains marchés, notamment là où la demande reste forte et les loyers évoluent rapidement.

Abordons maintenant la question du loyer. En pratique, la location meublée permet la plupart du temps de demander un loyer supérieur, en contrepartie d’un investissement initial pour équiper le logement. Mais la rentabilité ne se mesure pas seulement à la mensualité encaissée : fiscalité, gestion du bien et profil du locataire changent la donne. Un meublé implique un suivi plus régulier, des remplacements de mobilier, parfois des allers-retours administratifs plus fréquents. À l’inverse, la location vide offre une forme de stabilité : le locataire reste souvent plus longtemps, la gestion s’en ressent sur le long terme. Ce sont ces différences concrètes qui guident le choix du bailleur, en fonction de ses objectifs patrimoniaux et de la localisation de son appartement.

Quels régimes fiscaux s’appliquent à chaque type de location ?

Lorsqu’on loue un bien vide, les loyers perçus sont déclarés dans la catégorie des revenus fonciers. Deux options s’offrent au bailleur. Si vos loyers annuels ne dépassent pas 15 000 €, le micro-foncier propose un abattement forfaitaire de 30 % sur les loyers encaissés. Au-delà, ou si vous choisissez d’y recourir, le régime réel foncier permet de déduire l’ensemble des charges : intérêts d’emprunt, travaux, taxe foncière… Mieux : en cas de travaux importants, vous pouvez générer un déficit foncier et l’imputer sur votre revenu global, jusqu’à 10 700 € par an.

Le décor fiscal change en location meublée. Ici, les revenus entrent dans la catégorie des BIC (bénéfices industriels et commerciaux). Le micro-BIC s’applique jusqu’à 77 700 € de recettes (ou 188 700 € pour les meublés de tourisme classés) et accorde un abattement de 50 % (71 % pour les meublés de tourisme). Pour aller plus loin, le régime réel BIC ouvre la porte à la déduction de toutes les charges : amortissement du bien, mobilier, intérêts d’emprunt, frais de gestion… Ce mécanisme d’amortissement peut, pour certains investisseurs, neutraliser la fiscalité pendant plusieurs années.

Mais attention : le statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) ou professionnel (LMP) modifie la donne. Il agit sur l’imposition, le paiement des cotisations sociales, et parfois l’obligation de payer la CFE (cotisation foncière des entreprises), notamment si vous multipliez les locations ou exploitez un meublé de tourisme. À ne pas négliger non plus : les prélèvements sociaux de 17,2 % qui s’appliquent sur les revenus nets locatifs, quel que soit le régime. Le choix entre ces options dépend du montant des loyers, des charges supportées et de la stratégie patrimoniale poursuivie.

Comparatif des avantages et limites fiscales : meublé ou vide, qui est le plus intéressant ?

Les stratégies fiscales ne se ressemblent pas. La location meublée offre un avantage de poids : l’amortissement du bien. Ce levier, accessible via le régime réel BIC, permet de réduire fortement la base imposable, parfois jusqu’à effacer toute fiscalité sur les loyers pendant plusieurs années. Il suffit de bien tenir ses comptes : charges, intérêts d’emprunt, frais de gestion, tout s’impute. Pour les investisseurs aguerris, c’est un atout de taille. En contrepartie, la bascule en LMP ou l’activité de meublé de tourisme peut entraîner le paiement de cotisations sociales et de la CFE, ce qui alourdit la facture.

La location vide, elle, séduit par la simplicité de gestion et la possibilité de créer un déficit foncier imputable sur le revenu global, dans la limite annuelle de 10 700 €. Ceux qui investissent dans des biens à rénover en tirent un bénéfice réel. En dehors de ces cas, la fiscalité reste moins favorable : l’abattement du micro-foncier plafonne à 30 % et les revenus fonciers s’ajoutent au revenu global, ce qui peut faire grimper la tranche marginale d’imposition.

Ce choix n’est pas qu’une affaire de fiscalité. Le mode de gestion change : le meublé implique des locataires plus mobiles, davantage d’administratif, un risque de vacance locative supérieur. La location vide rassure par la stabilité de ses baux et une gestion moins chronophage. Pour arbitrer entre ces options, l’avis d’un expert-comptable peut apporter un éclairage décisif.

Jeune homme devant deux portes d

Faire le bon choix selon votre situation et vos objectifs patrimoniaux

Avant de trancher entre location meublée et location vide, il vaut la peine de confronter votre projet à vos ambitions patrimoniales. Chercher à maximiser ses flux de trésorerie ? Le statut LMNP et sa fiscalité adoucie séduisent souvent par la puissance de l’amortissement. Prévoir des travaux lourds ? La location nue et le déficit foncier offrent un outil fiscal redoutable, permettant d’alléger la pression fiscale sur plusieurs années.

La localisation du bien pèse aussi dans la balance. En zone tendue, la rotation des locataires s’accélère : le meublé s’impose parfois comme une évidence, à condition d’accepter une gestion locative plus soutenue et de respecter la liste de mobilier imposée. Là où la demande locative reste forte et stable, la location vide garantit une occupation sereine et durable.

Certains points méritent d’être anticipés avec un notaire ou un expert-comptable : le statut LMP impose une immatriculation SIRET et, dans certains cas, le paiement de cotisations sociales conséquentes. Transformer une location vide en meublé suppose parfois d’obtenir une autorisation administrative, notamment dans les grandes villes soumises à des règles strictes.

À chaque bailleur ses contraintes, ses leviers et ses marges de manœuvre. Se projeter, anticiper la fiscalité, mesurer la gestion à venir et penser à la transmission : c’est là que se joue, dans le détail, le choix du régime locatif. L’immobilier ne se contente jamais d’une seule vérité.

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